Histoire du Judaïsme libéral

Voici quelques repères concernant le judaïsme libéral.

La bonne compréhension des événements historiques nécessite une vision réflexive de l’histoire et de sa propre place au sein des mouvements sociologiques en œuvre.

Histoire du mouvement libéral

Introduction générale

  • Contexte historique ou idées d’agences publicitaires ?
  • Dissension « au nom des idées » מחלוקת לשם שמיים סופה להתקים, droit au désaccord autant au sein du monde libéral qu’entre libéraux et autres tendances.
  • L’étude de la Torah comme lien nécessaire entre l’évolution et la tradition
  • Être conscients des influences qui jouent sur nous, pouvoir les travailler
  • Pour mieux comprendre le contexte, revoir le cours sur les mouvements dans le judaïsme

Introduction historique

  • L’enthousiasme messianique rationaliste (juif et général) à l’époque des lumières et de l’émancipation
  • Réalité concrète de l’émancipation avec la révolution française
  • Les identités libérales et les identités orthodoxes sont multiples, les « couples » d’opposition libéral/orthodoxe sont également multiples dans une « danse systémique »
  • Louis Germain Lévy 1917, Ce que nous sommes: Le judaïsme doit s’écarter des notions abstraites pour incarner des « idées émues et vivantes, colorées, réchauffées et portées par toutes les puissances de l’âme »

Points de repères : Allemagne

  • 1769 traduction de la Torah en Allemand par Mendelsohn
  • 1810 Jacobson en Westphalie puis à Berlin, dénonciation orthodoxe et décret d’interdiction des offices (1817) puis de toute innovation dans la langue ou les chants (1823) par les autorités prussiennes
  • 1818 Synagogue libérale à Hambourg, sidour remanié
  • 1832 Leopold Zunz prouve que le sermon dans la langue du pays était une tradition perdue
  • 1838 Abraham Geiger à communauté (pas libérale) de Breslau : Processus évolutif, transformations passées, transformation actuelle => nationalisme juif, particularisme juif. Il s’adapte néanmoins à la communauté plus traditionnaliste.
  • 1846 Samuel Holdheim à la communauté réformée de Berlin = > hébreu, chabat->dimanche (réforme)
  • BFB 1844-45-46 : Mariages mixtes si état permet d’élever les enfants dans le judaïsme, nationalisme patriote, importance de l’esprit du chabbat (pas seulement la forme), s’élever à travers la liturgie, hébreu pas obligatoire.
  • 1854 Séminaire Théologique de Zacharias Frankel
  • 1871 émancipation des juifs allemands
  • 1872 Hochschule de Berlin par Geiger (libéralisme, plus modéré que Holdheim)
  • 1899 Union des rabbins libéraux d’Allemagne

USA : liberté religieuse + pas d’anciennes institutions ///Orthodoxie molle

  • 1824 synagogue réformée en Caroline du Sud
  • 1842-1845 Baltimore, New York
  • 1846 Isaac Mayer Wise immigre provoque->
  • 1855 conférence rabbinique de Cleveland
  • Conflit Wise (minhag america) / Einhorn (Olat tamid)
  • 1869 Conférence des rabbins réformés à Philadelphie
  • 1873 Union des communautés juives américaines – sans plateforme idéologique, créée le
  • 1875 HUC Hebrew Union College dirigé par Wise (Cincinnati)
  • 1883 départ des traditionnalistes (question de cacherout)
  • Conférence de Pittsburgh : pas de caractère contraignant des commandements, valeurs modernes priment (Kaufman Kohler)
  • 1889 Conférence centrale des Rabbins américains CCAR (Union Prayer Book, hérite du Olat tamid), abandon des observances individuelles, centralité de la synagogue, « réforme classique » (juifs allemands)
  • 1903 Kaufman Kohler dirige HUC
    Fin 19: immigration d’europe centrale + 1WW+ crise 1930 + antisémitisme + controverses// sionisme => remise en cause de l’idéal messianique et de l’enthousiasme qui l’accompagnait
  • 1937 plateforme de Colombus plus traditionnelle remplace la plateforme de Pittsburgh
  • 1922 Séminaire de New York
  • 1926 fondation du WUPJ
  • 1943 Union des communautés juives américaines -> action sociale, mouvement de retour à la synagogue
  • 1954 Séminaire de Los Angeles
1940 400 communautés 400 rabbins
1980 730 communautés 1300 rabbins

Europe

  • 1842 Excommunication des libéraux anglais pourtant très modérés
  • 1856 Reconnaissance par le Parlement anglais de la communauté libérale
  • 1867 Séminaire rabbinique moderne en Hongrie, « néologues »
  • 1904 Rabbin (Vaucquelin) Louis Germain Lévy : « Une religion rationnelle et laïque »
  • 1907 Inauguration de l’ULI (séparation E/E 1905), MaHzor, dimanche, français, universaliste
  • 1912 fondation de la « Synagogue Juive Libérale anglaise » sur le format de la «Réforme Classique » (peu de succès)
  • 1958 Leo Baeck College

France

  • 1791 émancipation des juifs de France
  • milieu du XIXème : cercle libéral
  • 1830 : orgue dans les offices au Consistoire
  • 1907 ULI, grand rabbin Louis Germain-Levy
  • 1955 André Zaoui, séminaire rabbinique
  • 1977 MJLF
  • 1993 Kéhilat Guesher
  • 1995 CJL

Divers

  • 1963/1971 Campus de Jérusalem
  • 1972 ordination de la première femme rabbin US
  • 1980 ordination du premier rabbin libéral israélien
  • 1992 ordination de la première femme rabbin Israélienne

Quelques premiers liens d’exploration

http://huc.edu/about/history

http://www.akadem.org/medias/documents/–ULIF-2.pdf

http://www.reform.org.il/Eng/Communities/SeminariesResults.asp?CountryZoneID=3

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72907s/f1.image

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Etude en Hévrouta

En quoi ce texte est-il représentatif de la vision libérale du Judaïsme ? En quoi reflète-t-il son époque ? Qu’est-ce qui vous parle à titre personnel ?

(Louis Germain Lévy, Cherchez moi et vous vivrez, 1917)

Comment les personnes non juives peuvent participer aux offices?

Les offices sont un moment de rassemblement communautaire et de partage. Les personnes non juives y sont les bienvenues. Quelle sont les façons justes pour elles d’être accueillies et de participer? Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

● Rappelons tout d’abord qu’une longue lignée de décisionnaires (Abraham bar Hiyya, Maïmonide, le Meïri), depuis le Moyen Age, fut unanime à considérer les chrétiens et les musulmans comme authentiquement monothéistes et contribuant à ce titre (traité Houlline 13b) à préparer l’ère messianique. Le Talmud avait déjà établi auparavant l’obligation de procéder à certains actes rituels en faveur des chrétiens ou des païens, selon le principe mipné darké shalom (« au nom des voies de la paix ») : entre autres visiter les malades, aider les pauvres, enterrer les morts (traité Guittine 59b).

● Dans le domaine liturgique également, il était de haute tradition que les personnes non juives puissent venir prier au Temple, et le passage de I Rois, 8, 41-43 nous montre Salomon insistant pour que leurs prières soient entendues. Les sacrifices offerts par des païens étaient considérés comme acceptables au Temple, tout comme le don d’objets tels que la menora (candélabre à sept branches) à une synagogue (traité Arakhine 6b).

● Depuis l’époque babylonienne, des prières publiques en faveur des dirigeants de l’Etat font partie intégrante de l’office, tout comme l’on mentionne dans nos synagogues les noms des défunts, quelle que soit leur religion, avant la récitation du Kaddish.
Prêtres et imams sont régulièrement accueillis dans nos communautés libérales pour participer à des lectures de textes ou délivrer un discours à la communauté.

● De même, dans le cas d’une famille mixte qui célèbre la bar ou bat-mitsva de son enfant, le parent non juif est invité à participer à la cérémonie, de sorte que la célébration inclue toute la famille de manière égale. De façon générale, dans la mesure où le judaïsme libéral affirme qu’une part essentielle de la Tradition consiste en un message éthique et prophétique adressé à toutes les Nations, et prône une nécessaire ouverture à la cité et à la modernité, les personnes non juives sont tout à fait bienvenues et invitées à fréquenter nos synagogues.

● Cette ouverture, toutefois, n’est pas sans limite, et le judaïsme libéral n’a jamais abandonné l’idée qu’Israël constitue une communauté distincte par son histoire et sa destinée. La vision du peuple juif en tant que peuple, autrement dit comme communauté définie par une histoire et une identité communes, n’a jamais disparu.

● A ce titre, la synagogue est clairement une institution juive, et les offices qui s’y déroulent ne peuvent être considérés uniquement comme une méditation personnelle et spirituelle. Un office constitue également la réaffirmation collective et publique de notre identité juive et de notre adhésion à l’Alliance contractée entre Dieu et le peuple d’Israël. L’accès à la communauté juive étant par ailleurs possible, de manière connue, par filiation ou par conversion, prétendre qu’une personne non juive n’ayant pas formellement adopté le judaïsme puisse jouer un rôle liturgique équivalent à une personne juive reviendrait à porter atteinte à la valeur des notions d’Alliance et d’identité juive.

● Une personne non juive, ainsi, ne pourra diriger tout ou partie d’un office public, « public » étant compris ici selon la catégorie traditionnelle de la tefilla bé-tsibbour, la « prière communautaire ». Sont également exclues toutes les prières constituant une tefillath hova, une « prière obligatoire », telle la récitation du Shema Yisraël, de la Amida et de toutes les prières nécessitant un miniane (minimum de 10 personnes), comme la lecture de la Torah ou le Kaddish.
D’une manière générale, la participation à l’ensemble du rituel de la lecture de la Torah sera réservée aux personnes juives, tout comme la lecture des passages liturgiques incluant la récitation d’une bénédiction (qui implique l’acceptation formelle des mitsvoth, des « commandements).

● En revanche, une personne non juive pourra :
a/ Participer à toute partie liturgique ne nécessitant pas une affirmation spécifique (comme accompagner un enfant à la bima lors d’une bar ou bat-mitsva). La lecture en français de la parasha (section hebdomadaire de la Torah) ou de la haftara (passage des prophètes associé chaque semaine à la parasha) fait partie, dans notre communauté, de ces lectures permises.
b/ Réciter des prières spéciales lors d’offices, de commémorations ou de célébrations impliquant des offices non liturgiques.
c/ S’adresser à la communauté dans des discours de nature non liturgique.
Les personnes non juives peuvent donc assister, voire participer aux offices, et ainsi exprimer leur attachement à la communauté, sans que soit altérée l’intégrité distinctive d’une congrégation juive religieuse.

Pourquoi les hommes et les femmes sont-ils assis ensemble ?

L’égalité femmes-hommes est au coeur de la pensée libérale. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

● Une première réponse, très simple, tient au principe d’égalité qui, très tôt dans l’histoire de la mouvance libérale, a constitué un pilier fondamental de notre manière d’envisager le judaïsme. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits et devoirs religieux, et il n’est aucune exception à ce principe. Chacun peut donc s’asseoir où bon lui semble.

● Une réponse plus historique soulignera le fait suivant : bien que les femmes, dans les synagogues traditionnelles, soient séparées des hommes, le plus souvent reléguées à un étage, « au balcon », quand elles ne sont pas séparées de l’espace de la synagogue par un paravent physique (une méhitsa, « séparation »), aucune justification scripturaire ne peut être avancée pour justifier cet état de fait. L’argument généralement invoqué selon lequel les femmes troubleraient la quiétude de la prière par les éventuelles tentations qu’elles susciteraient chez les hommes nous apparaît comme particulièrement spécieux, voire dépréciatif pour les deux sexes.

● Par ailleurs, l’argument selon lequel la séparation entre les sexes aurait déjà existé dans les parvis du Second Temple est historiquement inexact. Il se trouve que, lors de la « Fête du puisement de l’eau » — l’un des moments forts de la fête de Soukkoth au temps de l’existence du Temple –, les rabbins demandèrent une certaine année d’ériger une balustrade entre les hommes et les femmes, afin d’éviter toute frivolité. Cette séparation sur le parvis du Temple fut cependant toujours temporaire et limitée à la durée de la fête. Concernant les sources scripturaires, l’assertion qu’une telle séparation serait ordonnée par la Torah est donc sans aucun fondement.

Comment se déroule l’office du samedi matin?

L’office du samedi matin est le moment où la communauté se retrouve pour célébrer le Chabbat, prier et étudier. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

L’office comporte cinq grandes parties, plus la partie consacrée à la lecture de la Torah.

■ Les birkhoth ha-shahar, « bénédictions du matin » :
Ces bénédictions expriment, à travers notre expérience corporelle du renouveau matinal, notre reconnaissance envers Dieu qui renouvelle sans cesse l’œuvre de la Création et redonne vie au monde tout entier.

■ Les pesouké dé-zimra, « versets du chant » :
● Une série de psaumes constitue l’essentiel de cette partie, dont le thème principal est la louange de Dieu (hallélou yah, « louez Dieu »).
● Cette partie est encadrée par deux bénédictions : la bénédiction initiale du Baroukh shé-amar (« Béni soit celui qui a parlé [et le monde fut]) et la bénédiction finale du Yishtabah (« qu’il soit loué »).

■ La prière du Shema Yisraël (« écoute Israël ») encadrée de ses bénédictions :
● Pour un commentaire sur cette partie, voir ci-dessus à « office du vendredi soir ».
● Lors de l’office du matin, les bénédictions qui encadrent le Shema sont ramenées au nombre de trois.

■ La Amida (« prière debout ») :
Voir ci-dessus à « office du vendredi soir ».

● La lecture de la Torah :
Cette partie fait l’objet d’un développement spécifique (voir ci-après).

■ Les prières conclusives :
Après l’ascension progressive des quatre premières parties, cet ensemble, composé de prières diverses, représente en quelque sorte une façon de « redescendre sur terre ». Parmi les prières remarquables de cette partie, on retrouve :
● Le Alénou léshabéah (« à nous de louer ») : cf. commentaire du vendredi soir.
● La Hashkava (« rappel des noms de nos disparus ») : cf. commentaire du vendredi soir.
● La prière pour la France : formulant le vœu de la paix de l’Etat et de ses dirigeants, elle exprime le lien indéfectible et la profonde compatibilité de nos valeurs avec celles de la République.
● La prière pour Israël, quant à elle, exprime le lien de fraternité qui unit Israël et la diaspora, et notre souci que soit instauré au Moyen-Orient une paix juste et durable.
● La prière finale du Eïne kélohénou (« Nul ne ressemble à notre Dieu »).

Comment se déroule l’office du vendredi soir?

L’office du vendredi soir est le moment où la communauté se retrouve pour entrer dans le Chabbat. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

● La prière juive a été conçue par nos sages comme un véritable scénario spirituel destiné à nous élever, progressivement, jusqu’à des moments d’authentique dialogue, voire d’intimité avec Dieu. Elle a été comparée à l’échelle de Jacob qui, de barreau en barreau, construit le lien entre la terre et le ciel.
● Ces différentes étapes dans l’élévation se retrouvent dans la structure de la prière, dont chacune des différentes parties est construite autour d’une thématique propre.

L’office du vendredi soir comporte plusieurs grandes articulations, qui sont les suivantes.

■ L’allumage des bougies de Shabbath :
● C’est au sein des communautés libérales que ce rite, à l’origine domestique, a migré vers l’office du vendredi soir. Trois raisons ont été données par la Tradition pour cet allumage des bougies : kevode Shabbath (« l’honneur du Shabbath »), Oneg Shabbath (« le délice du Shabbath ») et le shalom baït (« la paix du foyer »), laquelle exige de bien voir les visages de chacun.
● L’allumage constitue le tout premier acte du Shabbath, car c’est par la récitation de la bénédiction que nous acceptons la sainteté du Shabbath.
● Deux bougies sont allumées, en référence aux deux versions de l’injonction biblique concernant la sanctification du Shabbath : celle de Ex. 20, 8 énonçant zakhor (« souviens-toi ») et celle de Deut. 5, 12 énonçant shamor (« garde, observe »).
● Ce sont les femmes qui, dans les synagogues traditionnelles, allument les bougies du Shabbath, en référence à un commentaire passablement misogyne sur la nécessité de réparer une faute commise par Eve. Bien que le judaïsme libéral ne fasse pas cas de cette explication et, en principe, permette aux hommes d’allumer, la pratique traditionnelle a tendance à se maintenir, l’allumage étant vécu comme un acte positif de spiritualité.
● Dans le judaïsme traditionnel, les bougies sont allumées en fonction de l’horaire, variable chaque semaine, de shéquiyate ha-hama, du « coucher du soleil », auquel sont ajoutées antérieurement un temps de 18 minutes. Dans le judaïsme libéral, les offices publics se déroulent à heure fixe, afin de permettre la venue d’une audience la plus large possible, et pour que soit pleinement réalisée la mitsva de tefilla bé-tsibbour (« prière en communauté »).

■ La kabbalath Shabbath (« accueil du Shabbath ») :
● Ce sont les maîtres de la kabbale de Safed qui, au 16e siècle, ont ajouté cette séquence de prières, essentiellement constituée de six psaumes et du chant Lekha dodi. Les psaumes représentent les six jours de la semaine.
● Le Lekha dodi (« Viens ma bien-aimée ») file la métaphore d’un Shabbath présenté sous les traits d’une fiancée que l’on accueille – et dont la communauté d’Israël serait symboliquement le fiancé.
● Cette image est prise au pied de la lettre lorsque, à la fin du chant, nous nous tournons vers la porte en nous inclinant, saluant la Princesse Shabbath en personne…

■ Le Shema Yisraël et ses bénédictions :
● Cette troisième partie commence par un appel public à la prière, le Barékhou (« bénissez »), qui nécessite la présence d’un miniane (quorum d’au moins dix fidèles adultes).
● La prière du Shema, proclamation de l’unité divine, est composée de trois paragraphes tirés de la Torah ; elle est encadrée de trois bénédictions, deux avant et une après, dont les thématiques représentent une gradation : Création, Révélation et Rédemption.
● Le soir, une quatrième bénédiction de « protection » est ajoutée.

■ La Amida (« prière debout ») :
● Elle est censée représenter le summum de l’élévation spirituelle au sein de l’office. Nous nous tenons debout devant Dieu, les pieds joints, « comme les anges » disent nos Sages.
● La Amida, en ce jour de Shabbath, est composée de 7 bénédictions (contre 19 un jour de semaine) et insiste particulièrement, dans la bénédiction centrale, sur la sainteté du jour de Shabbath.

■ La drasha (« commentaire ») :
● La drasha, au sens large, est un « commentaire ». Au sens où ce mot est employé au sein de nos offices, il s’agit d’un commentaire ou d’un sermon, généralement délivré par le rabbin, sur la parasha de la semaine (portion de la Torah lue chaque semaine).
● Le mot « drasha » est dérivé d’une racine [daleth – resh – shine] signifiant « exiger », et dont la forme verbale lidrosh est employée pour la première fois dans la Bible au sujet d’Esdras. C’est ce dernier qui, au 5e siècle av. è. c. (au 4e siècle av. è.c. selon certains), instaura la lecture publique de la Torah. Le verset Es. 7, 10 nous dit qu’il se livrait à l’activité de lidrosh ète ha-Torah, « étudier la doctrine de l’Eternel ». La toute première forme, selon nos Sages, de « commentaire »…
● Pourquoi ce terme, lidrosh, « exiger » ? La manière spécifiquement juive de lire la Bible et de la commenter est en effet d’« exiger » d’un verset qu’il nous livre davantage que ce qu’il semble a priori signifier. C’est cette « exigence » qui a fondé un véritable art d’interpréter, « l’herméneutique juive », que l’on appelle drasha.
● Là où la drasha, dans les communautés traditionnelles, s’attachait généralement à exposer en hébreu quelque point halakhique (concernant la Loi juive), le mouvement réformé a opté dès ses débuts pour un « sermon », délivré dans la langue du pays et visant à élever l’âme des fidèles. Par l’ampleur de sa rhétorique et sa hauteur de vue spirituelle, le Prediger (« prédicateur ») a créé une fonction liturgique distincte dans la Réforme allemande du 19e siècle ; il en fut de fameux, qui drainaient littéralement les foules le vendredi soir !
● Les mouvements libéraux ont globalement conservé cette valorisation de la drasha du vendredi soir. Qu’elle soit développée comme une exégèse textuelle ou traite de façon plus directe de l’actualité, elle s’efforce toujours, en lien avec la parasha de la semaine, mais sans craindre de faire appel à des sources autres que celles de la tradition, de tirer du texte de la Torah une leçon de sens pour aujourd’hui.

■ La récitation du Kiddoush (« sanctification »):
● C’est l’un des dix commandements de « se souvenir du jour de Shabbath pour le sanctifier ». Les sages ont construit ce « souvenir » autour de deux éléments : une déclaration verbale et le fait de l’effectuer sur une coupe de vin.
● Cette association avec le vin permet de lier une déclaration abstraite à une sensation physique, corporelle. Le vin a été choisi, en effet, « parce qu’il réjouit le coeur de l’homme » (Cf. Juges 9, 13).
● Un texte, le Vayékhoulou (« ainsi furent terminés [les cieux et la terre] », Gen. 2, 1-3), portant sur la création du monde, précède la récitation du Kiddoush ; chaque Shabbath, en effet, représente en quelque sorte un jour anniversaire de la Création du monde.
● Le Kiddoush est récité debout, entre autres parce qu’il s’agit d’un témoignage, et que les témoins, selon la tradition talmudique, témoignaient debout.

■ Les prières conclusives :
Parmi ces prières conclusives, mentionnons entre autres :
● Le Alénou léshabéah (« à nous de louer »), une prière initialement composée pour la liturgie de Rosh Hashana mais dont l’estime dont il jouissait lui a valu de figurer dans la prière quotidienne.
● La Hashkava (« rappel des noms de nos disparus ») : ce rappel de nos chers disparus est suivi du Kaddish, qui n’est pas une prière des morts comme on le croit souvent (son texte ne comporte aucune allusion à la mort ni aux défunts), mais une sanctification du Nom de Dieu.
● La prière finale, l’hymne du Yigdal (« que soit magnifié [Dieu]) : inspirée de Maïmonide, cette prière est la mise en poème de ses 13 articles de la foi juive. D’autres hymnes ou zemiroth (« chants ») sont possibles.
● L’office se termine par le souhait collectif et mutuel de « Shabbath shalom ! » (« Shabbath de paix »).

Les offices dans le judaïsme libéral.

Les offices, la tefila, sont des occasions de rassemblement, d’étude et de spiritualité. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

■ Des offices renouvelés :
● Historiquement, de nouvelles formes d’offices, précurseurs du mouvement réformé, ont fait leur apparition en Allemagne au début du 19e siècle. Initiés la plupart du temps par des laïques qui souhaitaient redonner une dignité visible à un judaïsme alors identifié au monde du ghetto, ceux-ci ont proposé des changements cherchant à exprimer les nouveaux besoins spirituels du temps :
● Une conception de la prière allant au-delà de sa seule définition légale selon la Loi juive, à savoir le simple accomplissement de la mitsva (« commandement ») de prier ; la prière conçue comme expression personnelle et spirituelle.
● Un souci d’envisager la prière en lien avec des préoccupations esthétiques. Cette approche était entièrement nouvelle à l’époque, l’esthétique étant elle-même une discipline intellectuelle née des Lumières.

■ La légitimité du changement :
● Un autre facteur a contribué à une évolution radicale de la prière : les recherches entreprises par la Wissenschaft des Judentums, la « Science du judaïsme », une discipline nouvelle se proposant, au début du 19e siècle, d’étudier le judaïsme de manière scientifique. Ces études révélèrent que la prière, qui à l’époque se présentait comme une sédimentation où chaque siècle avait ajouté ses proches couches, n’avait pas toujours eu la forme qu’on lui connaissait et qu’elle n’avait en fait jamais cessé d’évoluer.
● Cette conclusion a donné une légitimité intellectuelle à deux des idées-force des premiers réformateurs :
– d’une part, il n’était pas interdit de faire évoluer la prière puisque cela avait toujours été le cas au cours des siècles ;
– d’autre part, il fallait raccourcir les offices, devenus pléthoriques sous le poids des ajouts successifs, pour leur redonner dignité et permettre une meilleure concentration de la part des fidèles.

■ L’évolution des offices :
Concrètement, ces principes ont donné lieu aux décisions suivantes :
● Respect de la structure globale des offices et des textes des prières traditionnelles, mais en se recentrant sur les prières essentielles.
● Récitation de prières dans la langue vernaculaire, afin de permettre une meilleure compréhension de la part des fidèles (les parts respectives de l’hébreu et de la langue du pays étant variables selon les communautés).
● Introduction d’un sermon hebdomadaire en langue vernaculaire, visant l’élévation spirituelle du fidèle plutôt que l’évocation purement technique d’un point de halakha. Le Prediger (« prédicateur ») est ainsi devenu un personnage nouveau et respecté dans le paysage synagogal de la Réforme au 19e siècle. Aujourd’hui, cette fonction est prise en charge par le rabbin.
● Déclinaison, ici comme ailleurs, de l’égalité : dans nos synagogues, hommes et femmes prient côte à côte. De même, les femmes peuvent diriger un office, monter et lire dans la Torah. Une bat-mitsva célèbre de la même manière qu’un bar-mitsva.
► Il est à noter qu’une raison souvent entendue pour justifier l’impossibilité pour une femme de monter à la Torah ou de lire dans le séfère-Torah, à savoir son « impureté » éventuelle, est sans fondement : le séfère-Torah, selon la pensée rabbinique, n’est aucunement susceptible d’impureté…
► Les femmes sont comptées dans le miniane (« compte »), le quorum de dix personnes sans lequel certaines prières ou phases liturgiques ne peuvent être accomplies (récitation entre autres du Barékhou, de la Kedousha, sortie de la Torah).
● Suppression des passages jugés idéologiquement peu conformes avec les idéaux de la modernité. C’est le cas des prières appelant au retour des sacrifices, de certains passages au particularisme trop marqué, voire vindicatifs envers les Nations (souvenons-nous que les prières médiévales, par exemple, portent la marque d’un fort contexte d’antijudaïsme), ou encore de certains piyoutime (« poésies liturgiques ») à l’angélologie pléthorique.
● Souci de maintenir l’office dans des limites de temps raisonnables pour favoriser la concentration et la ferveur. Ainsi, un office de matin de semaine dure au MJLF environ 1h 15, un office de kabbalath Shabbath (le vendredi soir), 1 h 15, et un office de matin de Shabbath, entre 2 heures et 2 h 30.

■ Aujourd’hui :
● La créativité inhérente à la sensibilité libérale du judaïsme, ainsi que le souci d’offrir une expérience adaptée aux aspirations de nos fidèles ont conduit le MJLF à innover dans certains domaines de la liturgie. Ainsi, notre communauté propose aujourd’hui :
● Le Shabbath zimra (« Shabbath du chant ») : le premier vendredi de chaque mois, à Beaugrenelle, l’office de kabbalath Shabbath revêt une musicalité renouvelée : dans sa version actuelle – qui n’est pas figée –, trois musiciens (clavier, violon et clarinette) sont présents sur la bima (« estrade ») et, aux côtés de l’officiant, proposent des accompagnements différents des chants traditionnels – parfois des créations spécifiques. Des chants israéliens sont également intégrés à l’office.
● Le Shabbath alef : précédant le Shabbath zimra, cet office est adapté aux jeunes, voire aux tout petits enfants : marionnettes, saynètes inspirées du récit biblique, et surtout, participation interactive des enfants avec les officiants dans la prière ; ces offices constituent un éveil à la liturgie et à la spiritualité totalement inédit en France.
● Les offices Kinder : le troisième vendredi du mois, à Surmelin, se déroule un « office Kinder » adapté à la participation des jeunes enfants, de leurs parents ou grands-parents. Parents et enfants participent à la conduite de l’office ; la parasha est exposée, animée, « vécue » grâce à des mimes, des chants et des contes.

● Ces offices, outre le fait qu’ils expriment l’identité et la créativité propres du MJLF, véhiculent l’une des intuitions les plus fondamentales du judaïsme libéral : la vision d’un judaïsme vivant, gai, où la synagogue se fait le relais naturel des idéaux et des codes culturels que nous reconnaissons comme pertinents pour la vie juive au sein de la société en général.
● Par ailleurs, soulignons que le judaïsme libéral n’est pas uniforme. De sensibles différences formelles (passages retenus, liturgie) existent entre les communautés libérales anglo-saxonnes et françaises, et de même, entre les différentes communautés en France, même si les principes demeurent les mêmes. Le présent texte se donne comme le reflet de la pratique courante au MJLF au jour de sa rédaction.

Notre siddour (« livre de prières ») – une brève présentation.

Le sidour est le livre des prières quotidiennes. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

● Le mot siddour provient d’une racine hébraïque signifiant « ordre ». Le siddour, c’est tout simplement un livre de prière où les prières sont classées dans un certain ordre.

● La liturgie n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire juive, et les premiers livres de prière (pl. siddourim) avec une structure globale proche de la nôtre aujourd’hui apparaissent vers le 10e siècle. Toutes les prières apparaissent dans le cadre des différents types d’offices, structurés selon une double perspective :
a/ Une différenciation entre office de semaine et office de Shabbath ;
b/ Une distinction entre office du matin (shaharith), de l’après-midi (minha) et du soir (arvith). Le judaïsme a en effet instauré trois prières quotidiennes en écho aux trois sacrifices quotidiens qui se déroulaient pendant la période du Temple.

● Les offices de fêtes font généralement l’objet de livres de prières à part, nommés mahzor ( « cycle »).

● Le siddour du MJLF, publié en 1997 et intitulé Taher libénou (« purifie notre cœur » — une expression tirée des Psaumes) reprend la structure classique de tout siddour, mais exprime plus particulièrement la vision du judaïsme libéral sur la prière. La partie « anthologie », qui développe une réflexion et une étude à partir de nos textes, est également une spécificité de l’approche libérale. La partie « prières » proprement dite est abordée ci-après.